Témoignages et anecdotes

Perdu en ville

C’était un après-midi gris comme il y en a quelques-uns dans l’Est, Didier et son auxiliaire de vie avaient décidé de faire une promenade à Sarreguemines.

Il y avait énormément de bruit : des travaux à coups de marteaux-piqueurs, des voitures partout et même des étudiants diant-diant qui manifestaient bruyamment. Au fur et à mesure de notre promenade, je remarquais que Didier accélérait son pas. Du haut de son 1m87, je peux vous dire qu’il a une belle foulée, moi j’aime bien ; mais l’auxiliaire de vie nettement moins. Elle nous a perdus de vue. Après plus de 30 minutes à ce rythme soutenu, nous n’étions plus en ville, mais dans sa périphérie. J’ai bien ressenti que Didier ne savait plus où il était et à mesure que l’angoisse le gagnait, il avait de plus en plus de mal à éviter les différents obstacles au sol. Il demandait son chemin pour le centre-ville à quelques passants ; après les avoir remerciés, il ne se rappelait plus des indications reçues.

Désorientation, perte de la vision, trouble de la mémoire… la situation de mon maître devenait critique. Je me devais de prendre l’initiative !

J’ai tendu la laisse et j’ai amorcé un demi-tour pour revenir sur nos pas. Grâce à notre formation de chien d’assistance et de maître assisté, nous avons des réflexes conditionnés pour ce type de situation. Par la tension de la laisse, je lui indique la direction à suivre en évitant les panneaux de signalisation, le mobilier urbain et tout autre obstacle qui encombrent notre trajet. Avec mes changements d’allures et les petits coups de truffe dans son mollet, je lui indique les hauteurs à négocier (trottoirs, escaliers, ralentisseurs, etc.). Un arrêt, lui indique un danger : un passage piéton, un croisement avec un cycliste ou un piéton, un véhicule en mouvement, etc.

Pour nous ramener à la voiture, j’ai fait confiance à mon odorat affûté. Lorsque je suis en mission, je marque systématiquement les changements de direction en déposant quelques gouttes d’urine. En ville, ce n’est pas évident, car mes collègues déposent à leur tour, leurs marques, aux mêmes endroits que moi. Après ça, allez retrouver votre odeur dans tout ce mélange. De plus, imaginez que durant l’aller, j’ai croisé une bichonette bien sous tous rapports et réceptive à mon charme pyrénéen, les sens peuvent vite me tourner la tête. N’oubliez pas que les chiens d’assistance sont aussi des bêtes. Mais bon, quand je suis en mission, je fais attention à ne pas trop regarder la gent canine. Je dois faire preuve d’ascèse, ça aussi je l’ai appris.

Je vous laisse deviner la joie et le soulagement de l’auxiliaire de vie lorsque nous nous sommes retrouvés à la voiture.

Vous souhaitez témoigner ? Partager vos meilleures anecdotes ? Écrivez-moi.