Témoignages et anecdotes

Pierre-Aymar

Quand on rencontre Antoinette et Didier, celui qui vous accueille en premier c’est Gotan. Toujours prêt, veillant à tout ce qui concerne son maître, il vient vers vous plein de gentillesse. S’il ne vous connaît pas, il fera ce qu’il faut pour vous mettre à l’aise et dans de bonnes dispositions pour rencontrer son maître. S’il vous connaît, il sait ce qui vous convient : de grandes léchouilles démonstratives pour ceux qui aiment, un joli sourire des yeux et des oreilles pour d’autres, un discret frétillement de la queue pour d’autres encore. Gotan se met au niveau de chacun pour que la relation se passe le mieux possible. Gotan a le don de la relation. Il y est toujours juste.

L’été dernier, nous avons fait un très long voyage en train avec pas moins de 6 correspondances. À chaque fois, il fallait sortir du train 4 vélos, une charrette, une dizaine de bagages… prendre le souterrain et réinstaller tout notre chargement dans le train suivant. À la gare de Vierzon, nous n’avions que 10 minutes pour changer de train, et je devais donc m’activer tout spécialement. Je poussais devant moi la charrette bien chargée de bagages en courant quand, soudain, elle s’est bloquée nette. Je me suis pris la barre en acier de la charrette dans le tibia. Une bosse comme je n’en avais encore jamais eu a poussé au point d’impact. Je continuais à m’activer en boîtant, car il ne fallait surtout pas rater le train. Une fois assis à ma place, Gotan est venu lécher ma bosse. Il me regardait. Je l’encourageais en lui disant que c’était un bon chien et qu’il me faisait du bien. Au bout d’une demi-heure de ce traitement, ma bosse n’était plus visible. Arrivé à Cosne-sur-Loire, le terminus de notre périple, j’ai pu faire 25 km de vélo sans rien sentir à ma jambe. Merci à toi, Gotan, tu es vraiment un bon chien.

Gotan c’est un chien d’assistance en cas de déficience de certaines fonctions de son maître. Si jamais Didier perd la claire vision, tombe en syncope, Gotan sait quoi faire pour le ramener en lieu sûr ou alerter des secours. Mais Gotan offre une assistance beaucoup plus profonde, beaucoup plus essentielle, à Didier :

  •  c’est dans la facilitation de la relation à l’autre. Didier, c’est un ami — un frère — qui compte beaucoup pour moi. Mais deux hommes de cinquante et quelques années ont du mal à se témoigner l’affection qu’ils se portent. Alors, j’aime à penser que Gotan est le médiateur de notre amitié, de la tendresse que nous éprouvons l’un pour l’autre. Je le caresse, il me fait des léchouilles. Je sens Gotan heureux que je sois l’ami de son maître. Je sens Didier heureux que Gotan et moi nous nous appréciions. Tout est à sa bonne place et il y a beaucoup d’amour qui circule. Et, comme un jongleur qui sait gérer plusieurs quilles en l’air, la virtuosité de Gotan dans les relations humaines lui permet de créer des liens affectueux avec des enfants, des vieilles dames, l’amitié s’ajoute à l’amitié, l’amour se multiplie à l’amour. Tout cela, Gotan le fait par sa bonne nature, mais aussi parce qu’il sent que c’est cela qui rend son maître vraiment heureux.

  •  c’est dans la joie que Gotan communique à son maître. Leur relation est tellement complice, qu’ils se sentent l’un l’autre : si Didier a un passage à vide, Gotan viendra lui faire une léchouille, si Gotan s’est froissé un muscle d’une patte au jeu de la balle, Didier s’en apercevra immédiatement et le soignera de ses mains. Gotan a un grand sens de l’humour, il sait amuser son maître d’une de ses espiègleries. Cet été, nous avons tous les trois bien rigolé lors de l’initiation à la charrette. Au début, nous deux peut-être un peu plus que Gotan… qui ne voyait pas bien l’intérêt de se retrouver tiré par un vélo, perdant la liberté de ses mouvements. Didier a donc inventé un jeu à base de croquettes pour que Gotan accepte de rester dans cette drôle de carriole.

  •  c’est dans la responsabilité que Didier a vis-à-vis de Gotan. Un chien d’une telle intelligence, d’un tel caractère, s’il n’est pas parfaitement dressé pourrait devenir le pire des chiens. Et donc Didier le tient constamment à l’œil et ne lui laisse rien passer. Les ordres sont secs et sans appel et si par hasard, Gotan fait la sourde oreille, Didier monte d’un ton et reprend toujours le dessus. Et puis Gotan sait à chaque moment de la journée que son maître va s’occuper de lui. Le matin, Gotan rugira de plaisir sous la brosse, puis dépensera son trop-plein d’énergie au jeu de la balle, et le soir, avant de se coucher, c’est l’heure du… dentastix ! Un bâton fluoré que Gotan adore et donc dévore en quelques secondes.

Cette vie réglée est une source d’équilibre essentielle pour Didier.

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